ABORIGÈNES, LA CULTURE DU RÊVE

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Aborigènes devant le site sacré Uluru
Aborigènes devant le site sacré d'Uluru

Peut-être appartenant à la plus ancienne culture au monde, les Aborigènes d’Australie forment une toile nébuleuse de traditions et de mythes religieux, découpée en plusieurs centaines de langues et de tribus. Leur religion, basée sur le rêve, donne une importante capitale à la terre, au cœur de l’identité aborigène. En plus d’une peinture de réputation internationale, les Aborigènes tentent également d’exister au niveau littéraire, musical et cinématographique.

Les chants du désert, 400 tribus et le Temps du rêve

Le monde était autrefois le néant. Les choses et les êtres n’existaient pas. L’univers était immatériel et spirituel : c’était le Temps du rêve. Baiame, le dieu unique, le créateur, engendre alors les ancêtres. Sous la forme d’êtres humains, d’animaux ou de plantes, ils parcourent le désert et créent le monde en le rêvant. Chaque site qu’ils touchent, qu’ils franchissent, chaque évènement qu’ils vivent, deviendra un mythe et un vers sacré. Le Temps du rêve va progressivement se dissiper et les ancêtres vont se retirer. Mais leur esprit reste toujours présent.

Bruce Chatwin :

« La totalité de l’Australie pouvait être lue comme une partition musicale »

Répartis en tribus, les Aborigènes se distinguent par la langue et le territoire. Il y aurait encore aujourd’hui plus de 400 tribus aborigènes en Australie. Chaque tribu est la propriétaire d’une terre, bien délimitée. Leurs tailles sont variables, les plus importantes, comme les Warlpiri ou les Aranda, regroupent plusieurs milliers de personnes.

Chaque tribu possède ses propres lois et mythes, ce qui fait qu’il est difficile de réunir et d’étudier les Aborigènes dans leur ensemble, en raison de la complexité, de la singularité et du secret de chaque ethnie. Cependant, les points communs existent et s’entrechoquent : la fin d’un rêve est le commencement d’un autre. Les connexions, telle une toile d’araignée sociologique, sont partout.

Kakadu National Park et en fond la Terre d'Arnhem
Kakadu National Park et en fond la Terre d’Arnhem

La religion aborigène est teintée de métaphysique. Elle est liée au rêve, un chemin que tracèrent les ancêtres durant le Dreamtime, le Temps du rêve. Chaque tribu possède donc le rêve de son ancêtre, Kangourou, Emeu, Wallaby, Serpent… Ce rêve est un sentier bien terre-à-terre, que les membres de la tribu se remémorent en se le transférant d’ancien à initié, par le chant.

Chaque étape du sentier est un couplet, chaque site, un vers et chaque évènement vécu par l’ancêtre se trouve dans ce « chant des pistes ». Le chant décrit ainsi la terre sacrée d’un Aborigène. L’anthropologue-écrivain-voyageur anglais, Bruce Chatwin, dans Le chant des pistes, explique : « La totalité de l’Australie pouvait être lue comme une partition musicale […] Une phrase musicale décrivait – par exemple – les déplacements des pieds de l’ancêtre. »

Le didgeridoo, un prix cannois et des peintures rupestres

Dans le rêve, l’art tient une place essentielle. Là encore, l’art est lié à la terre. Les Aborigènes que l’on voit dans les rues d’Alice Springs, peignant à même le sol, dessinent leurs rêves. Chaque point, rond, forme, décrit un morceau de piste du rêve. Pour exemple, un rond bleu est un lac qu’aurait franchi l’ancêtre. Un « U » représente l’homme, les pointillés, le sentier.

Un tableau aborigène, en plus d’être coloré et d’une valeur très estimable pour les collectionneurs, est donc aussi une carte précise et topographique d’une partie de l’Australie. Lors des rites sacrés, moins nombreux qu’auparavant, mais toujours bien présents, les Aborigènes se peignent le corps et le visage, les couleurs et les motifs variant selon la tribu, selon la manifestation et selon le rêve.

La peinture aborigène est l'expression du Rêve
La peinture aborigène est l’expression du Rêve

Plusieurs sites possèdent un énorme symbolisme pour tous les Aborigènes d’Australie. Dans le Territoire du nord, le Kakadu National Park renferme le plus grand nombre de peintures rupestres du pays pour un site habité par les hommes depuis plus de 40 000 ans.

Sur le rocher d’Ubirr, des peintures datées de dizaines de milliers d’années, des légendes de kangourous géants et de guerres intertribales, ornent les parois.

Peinture rupestre du parc Kakadu dans le territoire du Nord
Peinture rupestre du parc Kakadu dans le territoire du Nord

Au centre du pays, Uluru est un rocher sacré pour les tribus Pitjantjatjara et Yankunytjatjara, car il une piste de rêve et attire des centaines de milliers de visiteurs chaque année. Avec le Kakadu, le parc national Uluru-Kata Tjuta est ainsi l’un des deux sites australiens reconnus au Patrimoine culturel de l’Unesco.

« Plusieurs groupes de musique moderne, Australiens ou non, n’hésitent pas associer le didgeridoo avec le rock ou la pop »

Avec le boomerang, à l’origine arme de guerre aborigène, le didgeridoo est l’autre objet symbolique de la culture aborigène. L’instrument à vent, long tube en bois qui pourrait dater de l’âge de pierre (20 000 ans), est fabriqué traditionnellement à base d’eucalyptus et possède une embouchure en cire d’abeille.

Joueur de Didjerridoo
Joueur de Didjerridoo

Les sons ressentis sont d’un grave unique. Plusieurs groupes de musique moderne, Australiens ou non, n’hésitent pas associer le didgeridoo avec le rock ou la pop : Midnight Oil, Jamiroquai ou Paul Kelly.

Si beaucoup d’ouvrages sur les indigènes vont être écrits par des non-Aborigènes comme Le chant de Jimmy Blacksmith par Thomas Keneally, des auteurs tels que David Unaipon (1872-1967) ou Sally Morgan, vont développer la littérature chez les indigènes. Côté cinéma, Jedda, premier film où les rôles principaux sont tenus par des Aborigènes, sera présenté à Cannes en 1955.

Dès lors, la culture aborigène va être porteuse et traitée dans toutes ses formes : la comédie (Crocodile Dundee, 1986), le drame (Le chemin de la liberté, 2002), ou encore le documentaire, avec 10 canoës, 150 lances et 3 épouses, premier film en langue indigène, et prix spécial du jury « Un certain regard » au Festival de Cannes 2006.

À lire

Les rêveurs du désert de Barbara Glowczewski.
Le chant des pistes de Bruce Chatwin.

À voir

10 canoës, 150 lances et 3 épouses.

À visiter

Musée de Darwin.

2 Commentaires

  1. Le didgeridoo est utilisé uniquement par les tribus du Nord. C’est seulement pour le tourisme qu’on en joue désormais dans le red centre. Quant au boomerang, l’utilisation pour les aborigènes selon les historiens est surtout pour la chasse et le jeu, pas pour la guerre. Sans compter que le boomerang n’est pas typiquement australien, il y en avait en Europe et ailleurs.

    Pour en apprendre plus, je conseille le documentaire « The First Australians », de SBS Australia.