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4 juillet 2022

Enquétes sur les aborigènes – le Monde

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    Caroline
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    Tous les savoirs du monde
    LE MONDE DES LIVRES | 03.03.05
    ENQUÊTE SUR LES SAVOIRS INDIGÈNES de Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou. Gallimard, « Folio Actuel », 384 p., 8,50 €.

    Depuis vingt ans, Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou voyagent en Australie, aux Etats-Unis et dans l’Himalaya à la rencontre des Aborigènes, des Indiens Navajos et des Tibétains. Admiratifs des traditions esthétiques de ces peuples, ils ont consacré plusieurs expositions en France aux mandalas tibétains, aux peintures de sable navajos ou aux créations des Aborigènes.

    En 2001, ils ont rassemblé expériences et réflexions dans une Enquête sur les savoirs indigènes qui reparaît aujourd’hui en poche. Le livre mêle des reportages auprès d’artistes, de penseurs et de savants « indigènes » et une volonté de théoriser à partir de ces rencontres. Car Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou ont l’ambition de dépasser le stade de l’empathie. Ils ne se contentent pas de raconter, le plus fidèlement possible, les lignes de force des systèmes qu’ils découvrent. Ils veulent interpeller les sciences occidentales, à partir des connaissances « indigènes ». « Longtemps a prévalu la thèse que les savoirs indigènes avaient une valeur, certes, mais à l’intérieur uniquement de leur périmètre culturel. »

    « RÉTABLIR L’HARMONIE »

    Au contraire, les auteurs mettent en avant les démarches de scientifiques occidentaux qui, des neurosciences à la physique ou à l’immunologie, se penchent sur les avancées « indigènes » pour voir ce qu’elles peuvent apporter à la science universelle. Professeur à l’hôpital Cochin, Didier Sicard, président du comité national consultatif d’éthique, est cité à l’appui : « Nous avons eu le tort de réduire la fonction de l’art à un ordre seulement esthétique. » La médecine navajo, elle, utilise l’art et la beauté pour guérir. Les auteurs donnent aussi l’exemple d’un laboratoire-équipe américain de neurosciences affectives, qui comptait aussi le biologiste Francisco Varela, parti étudier dans l’Himalaya l’activité cérébrale de grands yogis.

    Si les théories de Sylvie Crossman et Jean-Pierre Barou appellent discussion, leurs observations de voyageurs restent de premier plan. Par exemple, en apprenant l’existence d’un oracle auprès du dalaï-lama, ils entreprennent de faire sa connaissance et de débattre avec lui de sa formation et de sa fonction. Malgré leur scepticisme du départ, ils enquêtent sur l’efficacité de ses prédictions, séjournant auprès de lui, dans les temples de l’Himalaya.

    Leur travail sur les chamans Navajos, les « hommes-médecine », s’appuie notamment sur la biographie et les savoirs de Sam Begay, l’un de ces « appelés » au service de la guérison. Il effectue des peintures de sable et des cérémonies en but de « rétablir l’harmonie ».

    Ces différents maîtres sont les héritiers de savoirs traditionnels qu’ils modifient et enrichissent à leur tour. Selon les auteurs, l’innovation, en ces temps de mondialisation, vient de ce que les savants « indigènes » font volontiers appel à tous les outils actuels – ordinateurs, caméras vidéo, appareils d’analyse médicale – pour confronter leurs savoirs et ceux du monde occidental.

    Catherine Bédarida

    • ARTICLE PARU DANS L’EDITION DU 04.03.05

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