Coober Pedy, dans les profondeurs de l’Outback

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Coober Pedy -Australie
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En plein coeur de l’Australie, entre Alice Springs et Adélaide, Coober Pedy est la seule ville, au milieu d’une terre rouge et inhabitée, à des centaines de kilomètres à la ronde. Capitale mondiale d’une pierre rare et lumineuse, l’opale, elle est aussi connue pour ses habitations troglodytes, les dugouts. Paysage aride et lunaire, Coober Pedy a attiré producteurs hollywoodiens, qui ont vu dans l’âme de la ville, le même désespoir qui pouvait illustrer les films de science-fiction apocalyptiques.

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Une vie sous terre, la monotonie du désert et un aubergiste magique

Il est 5h du matin. Dans la nuit, le chauffeur décharge les derniers bagages. Près du bus, un homme à la barbe épaisse et au chapeau pointu attend les voyageurs. Gérant du Radeka Downunder Underground Backpackers, il emmène les routards en provenance d’Adélaide finir leur nuit dans son auberge. Avec son regard vif et amical, il a quelque chose du professeur Dumbledore d’Harry Potter.

Et il y a comme de la magie lorsque draps et clés saisis au vol, un chemin tortueux conduisant sous terre, laisse entrevoir des chambres creusées dans la pierre. Le jour n’est pas encore levé et déjà, Coober Pedy, petite ville perdue au milieu du désert sur la route d’Alice Springs, dévoile les charmes désolés de l’outback.

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Dugout

« Plusieurs habitations, les dugouts, sont  ètablies sous terre pour supporter les chaleurs extrêmes et les nuits parfois glaciales. »

Pour le déjeuner, l’air est déjà chaud, lourd, suffocant. Le thermomètre affiche 38 degrés à l’ombre. La rue principale est plutôt déserte, à l’exception de quelques groupes aborigènes disséminés ici et là.

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Tout est poussière et ocre, du gravier de bord de route aux collines environnantes. Entre une dizaine de marchands d’opales, il y a deux supermarchés, une station-service, quelques snacks et deux auberges. En fouillant un peu, derrière des bâtiments délaissés, on trouve une bibliothèque, une école et même une piscine publique. Plusieurs habitations, les dugouts, sont établies sous terre pour supporter les chaleurs extrêmes et les nuits parfois glaciales.

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Encerclant la ville, les mines d’opales témoignent d’une richesse hasardeuse. Car malgré sa notoriété et son côté dépaysant, un sentiment de tristesse et de vie qui s’assèche se dégage furtivement de la ville. Une sensation qui retrouve cette réalité : il n’y a pas grand-chose à faire à Coober Pedy.

Un bijoutier croate, l’age de pierre et un trou d’eau

Parmi les vendeurs d’opales, il y a ce Croate. Au bout de la rue principale, sa boutique est à part. Elle est comme d’un autre lieu, d’un autre temps. Sombre, elle est décorée d’objets, de souvenirs de Croatie.

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Au milieu de la pièce, des tables et des chaises. Tout autour, desvitrines remplies de bijoux. Il n’y aurait pas « Opales » sur la devanture, on pourrait se croire dans un café de village d’Europe de l’est. Le propriétaire est taquin, aime lancer des expressions françaises et explique en anglais, avec un accent fort, qu’il va chercher ses propres pierres ici à Coober Pedy.

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Les prix affichés dans les vitrines montent jusqu’aux milliers de dollars. Pourtant, le Croate est prêt à vendre une partie de son stock pour une cinquantaine de dollars chacune. Malgré son sourire, le magasin de cet homme sonne comme si personne n’avait franchi le seuil depuis un moment. L’extraction d’opales rappelle en effet la ruée vers l’or : si certains font fortune, d’autres attendent des années avant de trouver le moindre gisement…

« Les années 1960 et 1970 seront l’âge d’or de la ville avec une arrivée massive de migrants européens partis chercher fortune, et placeront Coober Pedy au rang de capitale mondiale de l’opale. »

La ville de Coober Pedy est plutôt récente bien que les Aborigènes vivent dans la région depuis des milliers d’années. Le nom de la ville, provenant de l’aborigène Kupa Piti, signifie « trou d’eau des garçons ».

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En 1915, Willie Hutchison, adolescent de 14 ans, découvre la première pierre d’opale. Une pierre scintillante aux reflets bleus ou verts, parfois (d’une grande valeur) rouges. L’année suivante, les mineurs emménagent et posent les bases d’une industrie minérale prolifique. Les habitants s’installent alors sous terre pour se protéger des conditions climatiques extrêmes. Les années 1960 et 1970 seront l’âge d’or de la ville avec une arrivée massive de migrants européens partis chercher fortune, et placeront Coober Pedy au rang de capitale mondiale de l’opale.

Aujourd’hui, Coober Pedy produit toujours 80% de l’opale mondiale, mais connaissait en 2008 une chute de 15% par rapport à ses années dorées. Les marchands et les mineurs doivent faire face à la concurrence des boulders (opales marrons) du Queensland et des pierres en provenance des États-Unis ou du Mexique.

Les fous du désert, un périple cycliste et la science fiction

Un orage s’abat sur Coober Pedy. Les résidents de l’auberge se réfugient dans la salle télé. Là, sous l’excitation d’un temps toujours extrême, les langues se délient. Roberto, Andalou, la quarantaine, raconte son histoire. Celle d’un homme en quête de bitume et d’aventures.

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En provenance de Darwin, Roberto se dirige vers Adélaide. Son moyen de transport : le vélo. Une odyssée à deux roues incroyable de 3 000 kilomètres à travers le Red Center australien. Équipé d’eau et de vivres, il parcourt plus de 100 kilomètres par jour. Parfois, il ne voit rien ni personne sur 200 kilomètres.

À Coober Pedy, il a rencontré des collègues taïwanais et hollandais effectuant le même trajet à vélo. Ayant emmené son cycle sur les routes d’Afrique de l’Ouest, de France ou d’Inde, Roberto est modeste, simple : « Je ne fais pas ça par défi. J’aime le vélo, mais si je m’ennuie, si j’en ai assez, je prendrai le bus. Ce n’est pas un problème, ce qui importe, c’est le plaisir ».

C’est comme si Coober Pedy, située sur une terre hostile à l’Homme, semblait attirer les plus grandes destinées… Une coupure de journal sur un mur… Et cette femme, Japonaise, qui a parcouru l’Australie du nord au sud, dans l’immensité du désert… à pied… en poussant un caddie.

« Un paysage presque fictif où l’Homme n’aurait pas sa place, sinon celle de survivre. »

 

Au Big Winch, un bric-à-brac d’objets insolites est déposé sur une colline par un artiste contemporain. Entourés de grilles et d’une pancarte « Personnel seul autorisé », des cônes jaunes futuristes, un casque, un vieil ordinateur et toutes sortes d’objets hétéroclites.

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De la colline, la vue permet d’admirer une cité construite au milieu du désert rouge. Une décharge, un bus abandonné, des mines et cette terre si colorée… Un paysage presque fictif où l’Homme n’aurait pas sa place, sinon celle de survivre.

Pour cause, la ville et l’arrière-pays ont servi de tournage à Mad Max 3 (Mel Gibson en cuir, justicier vengeur dans le futur), à Pitch Black (Vin Diesel, mercenaire spatial, tout de muscles vêtus) ou encore à Planète rouge (Val Kilmer sur Mars)… Des films de science-fiction post-fin du monde où il n’y a ni lois, ni règles sociétales.

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C’est au final ce qui semble se dégager de Coober Pedy : une terre tout autant fascinante que dépérie, où les hommes doivent se soumettre, malgré leur envie de richesse et d’évolution, aux stricts principes de la nature.


ALLER PLUS LOIN :

– Site officiel de Coober Pedy
http://www.cooberpedy.sa.gov.au/page.aspx

– Synopsis de Pitch Black

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