Les animaux envahisseurs de l’Australie.

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La dog fence
La dog fence
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Quand les colons britanniques s’installèrent en Australie, ils apportèrent dans leurs bagages tout un bestiaire, dont la biodiversité locale se serait volontiers passée. Aujourd’hui « persona non grata », les espèces introduites sont traquées sans relâche par le gouvernement australien et les associations de protection de l’environnement.

En arrivant sur le territoire, le visiteur doit souvent s’armer de patience avant de pouvoir franchir la porte de sortie de l’aéroport. La raison de cette interminable attente ? Les contrôles de biosécurité très intransigeants en Australie. Nourriture fraîche ou emballée, fruits, légumes, oeufs, viande, plantes et graines, peaux et cuirs, mais aussi plumes… Rien de tout cela ne peut passer la barrière douanière.

Et pour cause, l’Australie cherche à se protéger d’un mal qu’elle combat depuis plus de 200 ans : les espèces invasives. Renards, lapins, chèvres, chats, dromadaires, crapauds buffle, sont les plus souvent citées. Ces animaux incarnent le mal Down Under, en raison des ravages qu’ils causent sur la biodiversité. Une fois introduits, ils se reproduisent à grande vitesse dans leur territoire d’accueil, au point d’éluder les espèces indigènes, par l’introduction de maladies ou en leur faisant concurrence sur le plan alimentaire et territorial. Ces envahisseurs trouvent une niche écologique et évoluent à leur aise, en l’absence de prédateurs.

Chevaux sauvages dans l'Outback
Chevaux sauvages dans l’Outback

Si des animaux de la taille d’un renard ou d’un dromadaire sont de nos jours plus difficiles à introduire sur le territoire australien, ils ne sont malheureusement pas la seule source de danger. Parmi les espèces invasives, on retrouve tous les groupes taxonomiques importants comme les virus, les champignons, les algues, les mousses, les fougères, les plantes supérieures, les insectes et autres invertébrés… Ainsi, bactéries, larves, spores et autres micro-organismes sont traqués par les agents de quarantaine.

La pomme que vous auriez malencontreusement oublié dans votre sac à-dos, ou encore la boue incrustée dans les crampons de vos chaussures de marche. Tout objet suspicieux est inspecté et doit préalablement être déclaré, sous peine de recevoir une amende de 220 AUD$.

L’histoire d’une colonisation animale

Groupe Australia-australie.com

Pourquoi l’Australie est-elle si intransigeante ? Parce que l’affaire est grave, de l’avis des biologistes. Dans un grand nombre d’écosystèmes, l’introduction d’espèces non indigènes perturbe les interactions entre les espèces locales, provoquant des bouleversements écologiques, qui eux-mêmes peuvent conduire à des pertes financières et culturelles pour le « pays d’accueil ». Le lapin est l’exemple le plus complet de ce drame environnemental en Australie. Aujourd’hui, on estime qu’ils sont 300 millions à gambader sur le territoire, causant chaque année plus de 200 millions AUD$ de pertes pour les secteurs agricole et horticole.

300 millions de lapins qui gambadent
300 millions de lapins qui gambadent

Pour comprendre les origines de cette catastrophe, remontons au XVIIIè siècle, époque à laquelle les premiers colons arrivent sur le sol australien. Afin de pratiquer l’élevage, ils importent avec eux tout leur bestiaire domestique, transformant considérablement le paysage local. Les forêts d’eucalyptus cèdent le pas aux prairies défrichées peuplées de troupeaux de moutons, de bovins et de chevaux. Très vite, le piétinement de leurs sabots entraîne l’érosion et l’assèchement des sols, deux autres graves problèmes écologiques en Australie.

Ces animaux introduits pour nourrir et tenir compagnie aux hommes, se retrouvent souvent lâchés en pleine nature, accidentellement, ou volontairement. C’est le cas des dromadaires, utilisés au XIXème siècle comme moyens de transport et de bât. Quand la mécanisation permet de les remplacer par des véhicules, ils sont abandonnés en pleine nature.

Aujourd’hui considérés comme une véritable vermine (un million de dromadaires erre actuellement dans le désert rouge), le gouvernement fait tout pour rattraper les erreurs passées. Il a récemment proposé d’instaurer des crédits carbones à attribuer aux chasseurs de dromadaires sauvages pour stimuler leur éradication.

Dromadaires sauvages
Dromadaires sauvages

Une décision qui prenait pour prétexte les rejets chargés en méthane de ces animaux et leur impact sur le réchauffement climatique.
De leur côté, les chats et chiens errants (à différencier des célèbres dingos qui ont été introduits par l’Homme il y a 4000 ans) ont décimé la faune indigène, qui n’avait jamais été en contact avec de tels prédateurs.

« Copuler comme des lapins » : un adage très australien

En 1859, un colon britannique féru de chasse décide de lâcher 12 couples de lapins à proximité de Geelong, dans le Victoria. En l’espace de 10 ans, les rongeurs prolifèrent à vitesse grand V, si bien qu’abattre ou capturer deux millions d’entre eux chaque année ne suffit guère à freiner l’expansion démographique.

Et si elle réjouit quelques temps les chasseurs, les agriculteurs déchantent rapidement constatant les ravages causés sur leurs récoltes et leurs pâturages. De plus, en s’attaquant à et surtout, favorisent le développement d’autres espèces végétales, elles-mêmes introduites, ainsi que le phénomène de désertification (là encore).

Les solutions : de l’arme chimique aux mesures préventives

Selon le Centre de Recherche pour le contrôle biologique des espèces invasives (CSC), les espèces invasives coutent chaque année 720 millions de AUD$ à l’État australien. En identifiant les zones empruntées et les processus biologiques d’installation d’espèces invasives dans un nouveau milieu, les autorités peuvent heureusement limiter l’invasion. Pour ce faire, elles utilisent trois modes de contrôle : le contrôle mécanique, qui consiste à éliminer les animaux par tirs ou à l’aide de pièges, le contrôle biologique ou chimique, c’est à dire l’introduction de virus ou l’épandage de poisons et les actions préventives menées aux frontières par les services de douane.

Efficaces à petite échelle, ces méthodes s’avèrent toutes coûteuses et périlleuses sur un territoire aussi étendu que l’Australie… surtout quand on remonte au début du XXème siècle ! En 1901, pensant pouvoir empêcher les lapins d’atteindre l’Australie occidentale, le gouvernement fédéral décide de faire construire une clôture de quelque 1833 km de long. Mais le temps nécessaire à un tel ouvrage rend le projet futile, les animaux étant plus rapides que les ouvriers. Malgré une deuxième puis une troisième tentative, pour un total de 3 000 km de barrières, les rongeurs prolifèrent de plus belle.

La clôture anti-intrusion contre les lapins..3000 kms !
La clôture anti-intrusion contre les lapins..3000 kms !

Certains colons ont alors une idée, qui à l’époque semble ingénue : introduire le renard pour la chasse, un prédateur naturel du lapin en Europe. Une nouvelle introduction qui mène à un nouveau désastre : ne s’attaquant pas uniquement aux lapins, les renards choisissent des proies faciles, comme des petits marsupiaux, de surcroit déjà menacés.

Dans les années 50, sur suggestion de scientifiques brésiliens, une solution chimique, plus radicale, est alors adoptée. Il s’agit de propager le virus de la myxomatose, qui a déjà fait des ravages dans d’autres régions du monde.

Solution qui s’avère dans un premier temps efficace avec une diminution de 90 % des effectifs, mais au fil des années et des mutations génétiques, les 10 % restant deviennent résistants. D’autres virus ou parasites comme la puce espagnole sont introduits, mais toutes ces expérimentations infructueuses finissant par avoir des effets indésirables sur d’autres espèces non visées, sont abandonnées.

« Mieux vaut prévenir que guérir ». L’Australie semble avoir bien intégré la maxime, en se dotant d’un des dispositifs de biosécurité les plus sévères au monde : inspection des importations maritimes internationales, contrôles douaniers des voyageurs et consignes de mise en quarantaine. Le ministère de l’Agriculture, de la Pêche et des Forêts, qui a la responsabilité du système, a dressé la liste des « menaces exogènes » et défini un plan pour lutter contre chacune d’entre-elle. Chaque État définit ensuite les moyens à mettre en oeuvre pour réduire les populations et les comptabiliser.

Depuis l’arrivée des Européens, un huitième des espèces mammifères a disparu du territoire australien. Mais les espèces introduites ne sont pas la seule cause de ce déclin, la chasse, la pêche, la déforestation et les incendies d’origine humaine ayant également lourdement ponctionné la biodiversité.

Si les amoureux de nature encore vierge considèrent l’Australie comme une destination de rêve, c’est que la biodiversité australienne est l’une des plus fascinantes au monde. Plus de 80% de ses espèces vivent uniquement sur le pays-continent. Sa précieuse arche de Noé, de plus en plus vulnérable, trouvera-t-elle refuge sous d’autres latitudes ?

Pour en savoir plus :
Sur la douane et la quarantaine
Sur les espèces invasives

Photo rabbit proof fence : Matt pouncett

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1 COMMENTAIRE

  1. Les renards n’ont pas été introduits pour chasser les lapins, ils ont été introduits pour la chasse à courre. Il y a aussi d’autres exemples d’espèces invasives non citées : le cochon sauvage, qui détruit les sols en fourageant pour trouver sa nourriture. Autrefois le buffle d’eau était invasif, mais chassé facilement, il n’est l’est plus. On trouve même des ânes sauvages en liberté, comme dans le Top End.

    Le kangourou lui-même est considéré comme invasif. Il s’est multiplié suite aux ranchs qui ont extrait l’eau souterraine du désert, la rendant facilement accessible pour les kangourous. C’est la chasse qui les régule désormais, et il y a même des « kangaroo fences » dans certains parcs nationaux, comme Hattah-Kulkyne, pour protéger d’autres espèces moins prolifiques.