STURT NATIONAL PARK

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Sturt National Park

« Quoique tu fasses, ne vas pas à Sturt National Park. Il n’y a rien à voir là-bas. » : tel était l’avis que j’avais reçu de la part d’une amie australienne. Mais en bonne voyageuse, j’ai comme souvent pris la décision de joyeusement ignorer les bonnes intentions de mes connaissances. Et à Sturt, dans l’extrême nord-ouest du New South Wales, j’ai découvert que j’avais raison : entre tors de granite, dunes de sable rouge et lacs saisonniers, à Sturt, il y a beaucoup de choses à voir.

Loin, bien plus loin au nord que Broken Hill, se dresse un dernier avant-poste de la civilisation : le modeste village de Tibooburra. Dans le dialecte aborigène local, « tibooburra » signifie simplement « tas de cailloux » : c’est donc sans surprise que la présence du hameau est annoncée par l’apparition soudaine d’amas rocheux dispersés sur la plaine. Une vaste collection de tors de granite se concentre ici, et c’est en leur sein que se trouve le plus accessible des campings de Sturt, Dead Horse Gully. C’est donc aussi là que la plupart des voyageurs feront une horrible découverte : dans ce parc national, il est interdit de faire du feu !

Mais se passer de feu de camp n’est qu’un bien petit prix à payer pour le doux privilège d’explorer cette nouvelle immensité, qui se dévoile tout d’abord dans le silence absolu d’une nuit étoilée. Ici, il n’y a pas la moindre pollution dans l’air, pas de vives lumières citadines pour diminuer l’éclat du firmament. Là-haut, sur un ciel de velours noir bleuté, la voie lactée se déroule d’un bout à l’autre de l’horizon, et à trop regarder ces millions d’étoiles, tête renversée dans sa chaise de camping, on se sent comme pris de vertige, ou pris dans l’illusion que tant d’abondance astrale ne saurait être réelle – un géant de légende a dû pendre ces perles de diamant sur la voûte céleste, il n’y a pas d’autre explication.

Sturt National Park

Au matin, les boulets de granite oxydés d’une couleur d’ocre s’éveillent avec le soleil. J’erre parmi les tors, et je ne suis pas la seule : un euro bondit avec une aisance stupéfiante sur la roche, une famille de galahs s’agite sur une branche d’arbre, des petits zebra finches virevoltent dans la brise, des kangourous redressent la tête des buissons de la plaine environnante, et quelques grosses araignées montent une garde patiente sur leurs toiles.

Sturt National Park

Ces tors ne sont que la première des douces merveilles de Sturt. Plus loin à l’ouest, une nouvelle étape, une nouvelle aire de camping : Fort Grey se situe sur les rives du lac Pinaroo. Et si ce dernier est habituellement à sec, il bénéficie en ce moment de ces mêmes pluies et crues qui ont déjà donné vie pour moi aux lacs et aux ruisseaux de Kinchega et Mutawintji.

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Une eau laiteuse lèche la berge d’argile et les oiseaux ont envahi cette terre promise en force : des groupes de budgerigars (perruches vert et or que l’on voit souvent en cage de par chez nous), de blue bonnets (perroquet jaune terne au visage bleu foncé) et de cockatiels se bousculent entre les arbres à toute volée, et leurs piaillements résonnent à travers les bosquets.

Sturt National Park

Ici, cette année, aujourd’hui, devant cette étendue d’eau, je pense à Charles Sturt, l’explorateur en l’honneur duquel le parc a reçu son nom. Il y a à peine 200 ans de cela, accompagné d’hommes, de chevaux et de provisions, Sturt s’est enfoncé dans les terres inconnues de l’outback, et a affronté ses conditions les plus extrêmes et éprouvantes. Tout du long, il a traîné derrière lui un bateau : tel était la force de la conviction des colons qu’une mer intérieure devait se cacher au cœur du continent australien. Ces pionniers trouvaient-ils une maigre consolation quand ils atteignaient un corps d’eau éphémère comme le lac Pinaroo, ou ces découvertes ne faisaient-elles que souligner leurs désillusions et leurs amertumes ?

Sur les routes qui découpent le parc national, dans une voiture bien équipée, je bénéficie de tous les atouts de l’ère moderne et d’un atlas routier bien défini pour me déplacer sans me soucier de ma survie. Un confort qui laisse tout loisir d’apprécier de nouvelles rencontres avec la faune locale, comme ces centaines de kangourous qui ont guetté mon passage un matin, dont des dizaines qui ont traversé sous mon nez. Des rapaces, black kites, nankeen kestrels et spotted harriers, cerclent le ciel ou prennent lourdement leur envol après une chasse. Sur la terre battue de la route, deux formes familières m’interpellent : un couple de dragons barbus (central bearded dragons, de gros lézards d’environ 30 cm de long) qui se dore au soleil, encore emplis de la léthargie des températures hivernales.

Sturt National Park

Le dernier arrêt est peut-être la région qui est l’atout le plus frappant, connu et inattendu de Sturt National Park : au nord de Tibooburra se trouve une formation qu’on appelle les jump ups… ou plus communément, les mesas. Des collines au sommet plat s’élèvent de la plaine. J’abandonne ma voiture au creux d’un bosquet de mulga, cet arbre de l’outback au feuillage gris-vert, et je suis un sentier solitaire où je dérange seulement une flopée de colombes (diamond doves). Au sommet d’une mesa, le reste des jump ups m’entoure et la plaine s’étend à mes pieds. Sous un ciel bleu où voguent d’énormes nuages blancs, le paysage a des airs de rêve américain. Qui se serait douté que l’outback pouvait dissimuler de telles vues et de telles contrées ? Ni vous, ni moi ; et c’est là toute la raison d’aller voir par soi-même ce qui s’y trouve, sur les traces des grands explorateurs d’antan.


PRATIQUE CORNER

  • Sturt National Park se trouve à 330 km au nord de Broken Hill via la Silver City Highway (SH22). Le parc facture $8/jour/véhicule de droits d’entrée. Pour rappel, il est strictement interdit de faire du feu dans ce parc.
  • Tibooburra est la seule ville des environs. La station essence principale (TJ’s Roadhouse) se trouve à l’entrée du hameau et fait aussi office de poste et de mini-supermarché.
  • Ils proposent également un point d’accès à internet en WiFi pour $10/heure, ainsi qu’un lavomatic.
  • Le camping de Dead Horse Gully se trouve à 2 km au nord de Tibooburra. La balade Granite Nature Trail, parmi les tors, fait 6 km – comptez 2H.
  • Le camping de Fort Grey se trouve à 110 km à l’ouest de Tibooburra, et ses sentiers sont momentanément impraticables car submergés ! Vous avez toutefois tout loisir de vous promener le long des rives du lac Pinaroo.
  • Le camping d’Olive Downs (jump-ups) se trouve à 60 km au nord de Tibooburra. La Jump Up Loop est une promenade de 3,5 km, comptez 1 heure.
  • Notez qu’un autre point de vue sur les jump-ups est accessible par la route, le long de la Jump Up Loop Road, au sud du camping.
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1 COMMENTAIRE

  1. Magnifique. Je viens d’accepter un job en France ce matin même, et je dois dire que la lecture de tes lignes me laisse avec un petit pincement au cœur…
    J’ai repensé au lac Tinaroo dans le QLD, près d’Atherton, où les habitants de Cairns viennent passer des WE à faire du jet ski et un peu de pêche… mais ton lac Pinaroo n’a rien à voir, et ta photo est vraiment réussie.
    Il faudra que je passe un jour visiter ce Sturt NP, il a tout pour me plaire !
    Merci pour tes articles, et profites-en bien !