Maureen et Tony Wheeler, backpackers millionnaires

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Maureen et Tony Wheeler fondateur Lonely Planet
Maureen et Tony Wheeler fondateur Lonely Planet

Ils sont partis d’Angleterre dans les années 1970 pour rejoindre en sac à dos l’Australie. De leur périple à travers l’Asie, Maureen et Tony Wheeler en ont tiré un livre. Le Lonely Planet, aujourd’hui le guide de voyage le plus vendu dans le monde. De simples backpackers, ils sont devenus millionnaires.

L’histoire commence en juillet 1972 avec 65 livres sterling. C’est le prix du minivan, qui va permettre à Maureen et Tony Wheeler, tout juste mariés, de tracer la route pour une lune de miel historique. De Londres, ils roulent jusqu’en Afghanistan, où ils vendent leur van, pour un bénéfice de 5 dollars. Puis ils partent en stop, à travers l’Asie, jusqu’en Australie. Ils n’ont plus un sou en poche.

« Il ne nous restait que 27 cents. Nous étions un peu limités en cash », s’amusera plus tard Tony Wheeler auprès du magazine Forbes. Repoussant leur retour en Angleterre, Tony et Maureen décident de rédiger sur leur table de cuisine, les soirs et week-ends, le récit de leur voyage. Le guide, « À travers l’Asie pour pas cher », publié en 1973 et vendu à 1 500 exemplaires en une semaine, sera en rupture de stock. Le premier Lonely Planet est né.

« Tout le monde se dirigeait vers Katmandou. C’était le nirvana à la fin de la route. »

Dans les années 1970, voyager est encore une utopie, réservée aux marginaux. C’est l’avènement de la contre-culture et de l’ « hippie trail », route qui relie l’Europe à l’Asie, sentier initiatique, philosophique et enfumé pour toute une jeunesse aux cheveux longs. « Le long de l’hippie trail, il y avait certains endroits où nous allions tous.

Si tu connaissais quelqu’un qui voyageait à travers l’Asie, tu pouvais te poser et l’attendre. Tu pouvais patienter six mois, mais finalement il venait frapper à la porte », se souvient Tony Wheeler dans les colonnes du New York Times. « Tout le monde se dirigeait vers Katmandou – c’était le nirvana à la fin de la route – mais nous avons continué à faire du stop jusqu’à Bali, au moment où tous les surfeurs arrivaient. »

Guide Melbourne Lonely Planet
Guide Melbourne Lonely Planet

En partageant leurs bons plans de backpackers dans des guides de voyage, Tony et Maureen Wheeler ont trouvé un filon en or. En 1981, le guide en Inde assure leur expansion. Le couple développe son concept et recrute des auteurs. « Vous ne pouvez pas juste rechercher des auteurs de guides de voyage car ils ne sont jamais là. Ils ne sont pas comme des animaux », explique Tony Wheeler, toujours dans le New York Times. « Vous devez juste dire aux gens que si vous écrivez un livre pendant un an et demi, nous le publierons, et nous l’avons fait. »

« Voyager de nos jours fait partie de nos vies »

Aujourd’hui, avec 120 millions d’exemplaires vendus en onze langues, les livres Lonely Planet sont les guides de voyage les plus lus au monde. Un magazine, ainsi qu’un site Internet, ont également vu le jour. La multinationale australienne, dont le siège mondial est à Melbourne, a des bureaux aux États-Unis, en Angleterre, en Inde ou encore en Chine. La société est restée indépendante et aux mains des Wheeler jusqu’en 2007, avant que BBC Worldwide, puis la société américaine NC2 Media en 2013, rachètent la compagnie.

Maureen et Tony Wheeler, qui ont acquis la nationalité australienne, peuvent désormais se consacrer pleinement au voyage et à l’écriture de livres, comme « Unlikely Destinations : The Lonely Planet Story », publié en 2007, le récit de leur success-story et de leurs voyages.

Parfois décriés pour s’être tenus loin de la politique et avoir publié des guides dans des pays autoritaires, comme en Birmanie, les Wheeler auront néanmoins permis de démocratiser le voyage à la routard. « Voyager de nos jours fait partie de nos vie. Les gens sont plus surpris par ceux qui ne voyagent pas que par ceux qui voyagent », déclarait Maureen Wheeler à l’occasion du trentième anniversaire de Lonely Planet, en 2003.

« En trente ans, on est passé du voyage comme luxe absolu, ou quelque chose que seuls les jeunes backpackers fous se permettent, à une chose que tout le monde essaye au moins une fois. Ça aurait été difficilement imaginable il y a trente ans. »