Melbourne en une journée

Melbourne. Après tant de temps consacré à Sydney et sa région, il est peut-être temps de s’extirper du New South Wales pour se diriger vers le sud : le Victoria, plus petit état du pays avec la Tasmanie, abrite pourtant en son sein la seconde plus grande ville d’Australie. En taille comme en dynamisme, Melbourne talonne Sydney de très près, et cette éternelle rivalité au coude à coude entre les deux cités fait le sujet de bien des quolibets entre australiens !

Yarra River

La compétition remonte à loin, quand ces deux centres névralgiques du pays se disputaient l’honneur d’en devenir la capitale. Le résultat témoigne de l’intensité du débat : afin de ne blesser ni Melbourne ni Sydney dans leur fierté, il fut décidé que la capitale serait Canberra, ville construite de toutes pièces, presque à mi-chemin entre les deux métropoles. Cette solution « pacifiste » n’a toutefois jamais apaisé la rivalité Melbourne-Sydney, et encore aujourd’hui les habitants des deux villes se livrent à une guerre de piques mi-sérieuses mi-humoristiques.

Dans The Age, le quotidien de Melbourne, un chroniqueur est allé jusqu’à personnifier les deux villes en deux femmes : Sydney, la blonde bimbo aux charmes physiques incontestables mais à l’esprit vide, et Melbourne, la petite brune intellectuelle maîtresse de l’art et de la culture. Quoique l’on pense de cette amusante image, elle met en tout cas le doigt sur un cliché empreint de vérité au sujet de Melbourne : la capitale du Victoria est une ville à la réputation culturelle et artistique, et de toutes est considérée comme la plus européenne des métropoles australiennes.

Melbourne Central

Je débarque à Melbourne pour un court séjour, et d’emblée le temps me donne le ton : renommée pour sa capacité à faire connaître 4 saisons en une seule et même journée, Melbourne est définitivement une ville « européenne » de par son climat, bien que cette constatation puisse s’étendre à une vaste partie du sud de l’Australie. Ici, nous sommes en zone tempérée, et en ce début d’automne le vent apporte déjà les premiers indices de la fraîcheur de l’hiver quand le ciel se couvre de nuages gris. Et puis, une bourrasque supplémentaire chasse le mauvais temps, et le soleil se remet à briller comme un jour d’été.

Dans les grandes avenues, les tramways roulent leur bosse sur des rails aux côtés des voitures, et les larges trottoirs servent d’autoroute piétonne à une foule hétéroclite : la mode fait aussi partie de la culture, et toutes sortes d’énergumènes aux cheveux dressés ou aux vestes colorées se mêlent aux costard-cravate et aux jeans-tshirts pour ajouter un soupçon de fantaisie et d’extravagance au paysage urbain. Melbourne a été conçue selon un plan rigide, un quadrillage alternant avec régularité vaste avenue et petite rue, aux noms désespérément logiques : Little Collins Street succède à Collins Street, Bourke Street a sa Little Bourke Street et ainsi de suite – à croire que tout doit marcher par paires soigneusement ordonnées !

Federation Square

Mais l’un des cœurs de Melbourne se trouve en réalité non pas dans ses grandes avenues ou ses petites rues, mais dans les minces interstices qui se glissent discrètement parmi ce grand quadrillage, comme un fil de vie et de chaos tissé dans la corde de l’ordre et de l’organisation : les laneways. Une lane, c’est tout simplement une étroite ruelle. Et de ses ruelles, Melbourne s’est fait une culture : soudain, on quitte le soleil pour pénétrer dans la semi-pénombre qui règne entre deux hauts immeubles, et dans l’espace réduit de la ruelle on découvre un microcosme de bars et de cafés perpétuellement fréquentés. La quintessence de l’expérience melbournienne, c’est aussi venir ici, dans une ruelle, prendre un espresso (car Melbourne, aidée par ses immigrants italiens, est une place forte de la culture café), ou se mêler à ces hommes en costume et ces femmes bien maquillées qui mangent, l’air de rien, un sandwich sur le pouce, assis sur une marche de béton devant un mur orné de graffitis aux couleurs vives.

Melbourne laneways

Ressortie du concentré d’ambiance des ruelles, je descends Swanston Street, l’avenue principale, jusqu’aux bords du fleuve Yarra, dont la masse brune traverse la ville. Le côté « européen » de Melbourne transparait sans doute aussi dans certains éléments de son architecture : en plein centre commercial, une haute tour de briques a été conservée telle quelle. Dans les rues, entre les gratte-ciels, on découvre parfois le clocher d’une église de pierre. La longue silhouette de la gare de Flinders Street est faite d’arches, de colonnades et de dômes de cuivre.

Mais ce petit goût d’ancien se dissipe à nouveau : à côté de Flinders Street, Federation Square. Ici encore, c’est le nerf de la guerre, et Melbourne affiche fièrement ses couleurs de capitale culturelle : Federation Square se compose de bâtiments avant-gardistes, recouverts de plaques triangulaires leur donnant un air faussement concave ou convexe. Sur la place, on trouve toujours un comédien, micro et matériel à l’appui, qui se produit pour la foule et compte sur son humour et son talent pour vivre de la générosité des passants. Plus loin, un écran géant et une petite scène prête à accueillir tout type de manifestations – par le passé, j’y ai même déjà vu se produire le Cirque du Soleil.

Saint Kilda

Culturelle, artistique, presque européenne… peut-être, mais il suffit de sauter dans un tram pour se rappeler que Melbourne est aussi australienne : à Saint Kilda, une longue plage de sable blanc invite à la détente à deux pas de la ville. Oui, mais c’est aussi là que la jolie brunette perd ses points : les plages de Melbourne, elles ne valent quand même pas les baies de Sydney ! ;)

Melbourne : Pratique Corner

  • Melbourne étant une véritable plaque tournante, il n’est pas difficile de s’y rendre par avion (deux aéroports : Tullamarine et Avalon), train ou bus (la vaste gare de Southern Cross, ou Spencer Street, servant de terminal aux deux). Depuis Sydney, il en coûtera en moyenne $60 et 1h30 pour venir par avion (JetStar et Virgin Blue sont les compagnies les moins chères), $90 et 11 heures par train (CountryLink) et $65 et 13 heures par car (Greyhound ou Firefly). De fait, à moins que vous ayez choisi de souscrire à un pass/forfait pour le train et/ou le bus, il est plus intéressant économiquement de prendre l’avion en Australie pour se rendre de ville à ville – et surtout, beaucoup plus rapide ! Bien sûr, si vous êtes un voyageur eco-friendly, le train reste la meilleure alternative en terme de bilan carbone.
  • Sur place, les transports en commun Metlink vous reviendront à $6,80 pour la journée en zone 1, c’est-à-dire la zone qui devrait suffire à la majorité d’entre vous puisqu’elle englobe le centre-ville et les banlieues « intérieures » comme St Kilda. Alternativement, un billet valable 2 heures vous reviendra à $3,70. Pour vous rendre à St Kilda, il vous suffit de sauter dans le tram N°96 en direction de St Kilda Beach. Ce tram traverse tout le centre-ville et peut donc s’attraper à la gare de Southern Cross ainsi que dans de nombreuses rues (Queen St, Elizabeth St, Swanston St…). Comptez 30 mins de trajet.
  • Pour déjeuner, n’hésitez pas à vous laisser tenter par les restaus asiatiques de Chinatown, accessibles via Swanston Street. Recommandation personnelle : le Chinatown Dumpling Restaurant, avec ses bons menus qui calent pour un budget modeste (environ $10-15/personne).
  • A vous de tester les cafés des ruelles !
  • Très bel article Toothbrush, j’ai vécu quelques mois à Melbourne et en effet les petits cafés sont hyper sympa !

  • Petit article très sympa !
    Je suis très attirée par Melbourne pour y faire mon master 2, et ça me rassure d’entendre que cette ville est plus culturelle que Sydney !
    Je connais un peu Brisbane pour y avoir passé deux mois, mais je n’ai pas eu la chance de bouger ni à Melbourne ni à Sydney.
    Encore un an à attendre avant de revenir découvrir les trésors qu’offre ce pays.

    Merci pour ce petit voyage ;)

Vous pouvez vous abonner au fil RSS 2.0 de ce billet.