Melbourne
Melbourne. Concurrente historique et contemporaine de Sydney, la capitale du Victoria joue au coude à coude pour tenter de remporter le titre de cité la plus prisée d’Australie. Seconde d’un cheveu en termes de population, presque aussi renommée que Sydney sur la scène internationale, Melbourne se targue de son blason de capitale artistique et culturelle. Découverte d’une ville indémodable où règne comme un doux parfum d’Europe.
Bien loin de son petit côté chic actuel, l’histoire de Melbourne débute à deux doigts de l’illégalité : c’est en 1835 que l’explorateur John Batman arrive dans la baie de Port Phillip, à l’embouchure du fleuve Yarra. Venu de Tasmanie pour trouver de nouvelles terres à cultiver, Batman rencontre les chefs aborigènes traditionnels de la région. Ensemble, ils signent un traité cédant aux blancs des centaines de milliers d’hectares de terre où établir une nouvelle colonie : la future Melbourne. Et l’illégalité, alors ? L’encre est à peine sèche sur le traité que celui-ci est annulé par le gouverneur du New South Wales, qui déclare que les aborigènes ne sont rien de plus que des intrus sur les terres du gouvernement, et ne sont donc pas en mesure de les céder à quiconque ! Les aborigènes, comme toujours, pâtiront des opinions colonialistes de l’époque, tandis que les autorités choisiront finalement de fermer les yeux sur la situation « illégale » des pionniers européens : la petite ville de Melbourne pourra continuer à grandir sans plus rencontrer d’opposition.
La croissance jusque lors paisible de la cité s’accélère d’un bond en 1851 : c’est la ruée vers l’or ! A Castlemaine, Ballarat et Bendigo, soit dans un rayon de 150 km autour de Melbourne, l’or tamise le fond des ruisseaux et les pépites se ramassent à la pelle. Melbourne, point de départ et plaque tournante de cette nouvelle industrie, devient le Saint Graal des immigrants européens et asiatiques. La population explose, dépassant même celle de Sydney, et malgré les rixes et les émeutes qui entachent la vie des mineurs, la ville enfle et s’enrichit. En 1880, la réussite spectaculaire de la cité sidère tous ses visiteurs : avec son demi-million d’habitants et sa multitude d’immeubles aussi hauts qu’élégants, Melbourne est devenue une métropole bourdonnante à l’égal de Londres ou de New York. Malheureusement, tout boom doit un jour connaître son crash : à la fin du siècle, crise financière et dépression économique s’abattent sur le pays. Melbourne rétrograde, Sydney la rattrape : ce contexte historique permet de mieux comprendre l’âpre rivalité séparant ces deux cités, qui furent toutes deux en lice pour le titre de capitale nationale.
Aujourd’hui, Melbourne est une ville moderne et agréable de 4 millions d’habitants. Depuis toujours destination populaire auprès des immigrants, elle est un des plus forts bastions des communautés italiennes, grecques, chinoises et juives en Australie. En découle un grand multiculturalisme qui bénéficie notamment à la cuisine autrement inexistante du continent : Chinatown et ses innombrables restaurants débordent sur l’avenue principale du centre-ville, Swanston Street, et si vous cherchez à boire un espresso digne de ce nom, n’allez pas plus loin ! Les melbourniens tirent beaucoup de fierté de leur « coffee culture » : pour goûter l’âme de la ville et se mettre à son rythme, il n’est pas de meilleur moyen que de s’attabler dans une ruelle bondée pour respirer à plein nez les volutes de fumée qui s’échappent du précieux liquide noir avant d’en siroter une gorgée. Dégustation consommée en regardant passer une foule pressée qui se faufile dans les « lanes », ces allées paradoxales qui baignent entre pénombre et graffiti mais brassent le tout Melbourne dans une atmosphère de glamour urbain où le chic côtoie le trash.
Berceau du cinéma, de la danse contemporaine ou encore de l’impressionnisme australien, Melbourne entretient depuis toujours sa réputation de cité des arts, depuis la rue jusqu’aux institutions de prestige. En ville, les aérosols des artistes urbains colorent les murs, et les sketchs des comédiens humoristes animent en permanence la vaste étendue de Federation Square. Grande place du centre-ville, ce dernier est orné de bâtiments à l’architecture avant-gardiste qui abritent la National Gallery of Victoria, l’ACMI (Australian Center for the Moving Image, un centre célébrant l’image animée) et la cinémathèque. Côté scènes et spectacles, la variété est de mise : tandis que les chanteurs indépendants et les DJ font vibrer les bars « underground » de la cité et que la foule se presse aux concerts des stars à la mode, les scènes célèbres traditionnelles accueillent représentations de théâtre, opéras, ballets et orchestres symphoniques. La joyeuse cacophonie des arts de Melbourne ne bat pourtant son plein qu’en période de festivals… c’est-à-dire toute l’année ou presque ! Chaque mois semble bariolé de son propre événement, une collection de diversité où la ville fête tour à tour la peinture, la musique, l’humour, la littérature, le cinéma ou encore la mode, célébrant les classiques fédérateurs du moment tout comme les nouvelles générations d’artistes méconnus aux œuvres innovantes ou provocantes.
Quand ce n’est pas l’art qui est honoré, c’est le sport qui prend le relais : à l’échelle internationale, Melbourne est célèbre pour son Grand Prix de Formule 1 et pour l’Open d’Australie, l’un des quatre tournois du grand chelem – est-il vraiment nécessaire de préciser qu’il s’agit là de tennis ? A ces compétitions de haute volée mondiale s’ajoutent également des événements 100% australiens : tout d’abord, la Melbourne Cup, la plus célèbre course de chevaux du pays, qui se tient chaque année en novembre. Si populaire qu’on la surnomme « la course qui arrête la nation », la Melbourne Cup est jour férié pour la capitale du Victoria ! Même à la campagne, ou dans les autres états d’Australie, les employés connaissent une flagrante baisse de productivité le jour de la coupe, et il n’est pas de priorité plus grande que celle de placer ses paris, comparer jockeys et montures, et suivre la course le mors aux dents. Mais si la Melbourne Cup est l’événement sportif ponctuel de Melbourne par excellence, la passion quotidienne de la ville se situe au cœur du stade : Melbourne est la capitale du footy, le football australien (« Australian rules »), dans lequel les joueurs peuvent faire des pieds et des mains pour capturer le ballon. Le week-end, quand c’est jour de match, des masses de melbourniens affublés d’écharpes et de chapeaux aux couleurs de leur équipe convergent vers le MGC ou l’Etihad Stadium pour soutenir leurs joueurs et huer les adversaires. Attention à ne pas vous tromper si on vous demande quelle est votre équipe préférée !
Saoul de sport et épuisé de musique ? Melbourne comporte aussi en son creux quelques refuges d’accalmie où venir se décontracter entre deux événements survoltés. Autour du centre, de nombreux quartiers plaisants, tantôt chics, tantôt bohèmes, invitent à flâner le long des trottoirs, faire du lèche-vitrine, fouiner dans les fripes, s’arrêter le temps d’un café ou même d’un repas. Ces rues qui font partie intégrante du style de vie melbournien portent des noms connus de tous, connaissance commune citée dans les chansons et les émissions de télé : Brunswick Street à Fitzroy pour les bars et cafés informels, Chapel Street entre St Kilda et Prahran pour les magasins de mode allant graduellement du budget au hors de prix, Lygon Street à Carlton pour les restaurants italiens à l’envie… Et puis, pour tout simplement se détendre en silence dans un cadre un peu plus verdoyant, pourquoi ne pas faire une balade sur les rives du fleuve Yarra ? Celui traverse le centre-ville avant de se jeter dans la mer, et sur plusieurs kilomètres une promenade piétonne et cycliste permet d’en longer les flots paisibles et ombragés. Sur la rive sud, les jardins botaniques épousent le cours de l’eau, et parmi des milliers de plantes les pelouses bien entretenues invitent à la sieste ou au pique-nique. Comble de la relaxation urbaine : une petite demi-heure de tram en direction du sud du centre-ville suffit à rejoindre Saint Kilda, où se déroule une longue plage de sable blanc permettant d’aller goûter aux plaisirs de la baignade… un peu comme si Paris et Saint Tropez étaient voisins ! Quartier couru, St Kilda propose aussi une collection de bars, cafés et restaurants, et les amateurs de parcs d’attraction pourront aller s’amuser sur les grands huit du Luna Park.
Pour véritablement se ressourcer, il faudra toutefois quitter le giron urbain de Melbourne et s’aventurer dans la région qui l’entoure : de toutes parts, les destinations nature de proximité ne manquent pas. Au nord, à moins de 150 km de la ville, la vallée de Yarra est une campagne paisible faites de forêts, de champs et de collines, et produisant d’excellents vins. A l’ouest, une côte crantée de falaises et de tours de roc jaillissant d’une mer déchaînée se découvre via la route la plus célèbre d’Australie : la Great Ocean Road et ses points de vue à couper le souffle, sans oublier ses forêts pluviales faites d’immenses fougères arborescentes et de hauts eucalyptus habités de colonies de koalas. Et puis, au sud-est, le parc national le plus cher au cœur des melbourniens, et celui que beaucoup d’entre eux considèrent loyalement être le plus bel endroit au monde : Wilsons Promontory. Sur place, il n’est pas bien difficile de comprendre la source de cette conviction : des collines boisées dévoilent de somptueux panoramas sur un océan bleu azur bordé d’idylliques rivages de sable blanc. Des sentiers, longs de quelques minutes à plusieurs jours, permettent de partir à la rencontre du paysage et de ses habitants sauvages, wombats et kangourous. De l’autre côté de l’océan, une ultime destination pour de brèves vacances au départ de Melbourne : la Tasmanie, île entre sable et montagnes, aisément accessible par voie des airs ou de la mer.
A tant de louanges, il faudra pourtant ajouter un bémol : de l’Europe, Melbourne n’a pas seulement apporté l’amour pour l’art, la mode et la culture. Non – il y a aussi le temps ! Réputée comme la ville où les quatre saisons défilent au sein d’une seule et même journée, Melbourne est affublée d’un climat tempéré très similaire à celui que nous connaissons en France. En été, la vie est belle, la chaleur monte, parfois caniculaire, la météo est au beau fixe et il est doux de profiter du voisinage immédiat des plages. Mais en hiver, oubliez les tongues et le rêve de vie au soleil ! Le froid, la pluie et le vent s’emparent de la ville pendant une bonne partie de l’année, mettant tous les touristes en fuite en direction du nord et de ses horizons tropicaux où il fait toujours chaud. Pour aimer vivre sa vie à Melbourne, il faut prendre grand soin de choisir sa saison.
Et les autochtones ? Il leur suffit de sortir les manteaux, serrer les dents et se rappeler qu’ils ont ici le meilleur café d’Australie. Fiers de leur cité, avec ses bons et ses mauvais côtés, ils ne rêveraient jamais vivre ailleurs. On les comprend : cadre australien, ambiance européenne, Melbourne mélange deux mondes avec talent, entre culture et décontraction.
Melbourne : Pratique Corner
- Melbourne étant le point de chute australien le plus populaire après Sydney, son aéroport international (Tullamarine) est très bien desservi par des compagnies telles qu’Emirates, Singapore Airlines, Cathay Pacific, Malaysia Airlines, Etihad, Qantas, Air France et British Airways ; ainsi bien sûr que par toutes les compagnies bas-budget locales (JetStar, Virgin Blue, Tiger Airways). Rejoignez le centre-ville depuis l’aéroport en 20 minutes en empruntant la navette SkyBus – AU$16/personne.
- A noter qu’il existe un autre aéroport, Avalon, uniquement dédié aux vols domestiques à bas budget. Situé à 45 minutes de route à l’ouest de Melbourne, Avalon se rallie via les cars Sita pour AU$20/personne depuis la gare de Southern Cross, au centre de Melbourne. Trois compagnies opèrent depuis Avalon : JetStar, Tiger Airways et Sharp Airlines.
- Deux réseaux ferroviaires permettent de rejoindre la gare de Southern Cross depuis d’autres capitales australiennes : CountryLink, qui relie Melbourne à Sydney (11H, AU$91) et l’Overland, qui assure la liaison avec Adelaide (11H, AU$54).
- Melbourne est également relié à la Tasmanie par ferry. Le Spirit of Tasmania effectue la traversée du détroit de Bass en 9H. Les prix des billets varient énormément selon la saison, comptez à partir de AU$75/personne et AU$79/véhicule.
- Préférez visiter Melbourne à la belle saison (printemps/été, de septembre à mars) pour profiter de la meilleure météo. Prévoyez tout de même pull et parapluie pour parer au temps changeant.
- Dans l’agglomération, les transports en commun sont assurés par Metlink. Vous aurez le choix entre deux systèmes : l’ancien, à partir de billets de papier (Metcard), et le nouveau, à partir d’une carte magnétique à créditer (Myki). Le coût est sensiblement le même. En zone 1, comptez AU$3,02 pour un trajet ou AU$6,04 pour un billet valable toute la journée. Une semaine de trajets illimités en zone 1 vous sera facturée AU$30,20. Vous pouvez également acheter un pass valable entre 28 et 365 jours selon vos besoins, facturé AU$3,70 par jour pour des trajets illimités (soit un abonnement mensuel de AU$111). Tous ces billets couvrent à la fois les trains, trams et bus de Melbourne.
- Côté hébergement, le YHA de Melbourne Central propose des lits à partir de AU$28/nuit (dortoir de 6). D’autres auberges de jeunesse démarrent leurs premiers tarifs à AU$19-21/nuit (dortoir de 6 à 12), consultez le comparateur HostelWord pour trouver les meilleurs prix.
- Les festivals s’enchaînent toute l’année à Melbourne. Petite liste non exhaustive : Midsumma Festival (art et culture homosexuelle, janvier), Fashion Festival (mode, mars), International Comedy Festival (humoristes, avril), Next Wave Festival (art nouvelle génération, mai), International Film Festival (cinéma, juillet), Writer’s Festival (littérature, août), Fringe Festival (arts, septembre) et International Arts Festival (arts, octobre). Ces festivals comprennent des événements gratuits et d’autres payants.
- L’année est également émaillée de plusieurs grands événements sportifs : l’Open d’Australie en janvier (entre AU$30 et AU$200 le match), le Grand Prix de Formule 1 en mars (de AU$39 pour une journée à AU$510 pour les 4 jours sur les meilleurs places des gradins), la Melbourne Cup en novembre (accès aux pelouses du champ de course à partir de AU$204) et bien sûr les matchs de footy tout au long de l’année (matchs à partir de AU$21,30, la finale de la saison a lieu en septembre).
- La compagnie de car Greyhound propose des tours organisés d’une journée sur la Great Ocean Road et à Wilsons Prom, à partir de AU$120/personne.
- Pour visiter la Yarra Valley, mieux vaut louer une voiture pour visiter soi-même les différents vignobles et attractions naturelles de la région.




Flora
2 Jun, 2011
Merci de nous donner plus envie encore d’y aller