LA PEINTURE ABORIGÈNE : ENTRE MYTHES ET COULEURS

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Peinture aborigène
© Galerie Gondwana

« Quel que soit le type de peinture fait dans ce pays, elle appartient toujours au peuple, à tout le monde. C’est un culte, un travail, une culture. C’est un rêve. Il y a deux manières de peindre, et les deux sont importantes parce que c’est la culture. » Artiste aborigène Wenten Rubuntja pour The Weekend Australian Magazine (avril 2002).

L’art des aborigènes d’Australie

L’art des aborigènes d’Australie est qualifié d’art premier, à savoir un art produit par les cultures non occidentales. On parle aussi d’art traditionnel ou encore d’art ethnographique mais ces termes peuvent parfois être perçus comme péjoratifs.

Il revêt plusieurs formes : la peinture, mais aussi la sculpture, la gravure, la danse et la musique avec le chant et le fameux didjeridoo. Il englobe aussi bien les œuvres millénaires que celles d’artistes contemporains d’aujourd’hui.

Le temps du rêve

Aussi appelé « Dreamtime », il désigne la mythologie des aborigènes et les êtres qui la composent. Le Temps du Rêve correspond à ce que l’on appelle la Création. C’est donc autour de lui que gravite la vie religieuse des aborigènes.

C’est aussi une sorte de monde sacré parallèle avec lequel ils peuvent entrer en contact lors de cérémonies particulières, lorsqu’ils se trouvent des lieux sacrés ou encore lorsqu’ils chantent, qu’ils dansent ou qu’ils peignent. Pour eux, l’art est avant tout spirituel et permet d’activer, d’utiliser l’énergie créatrice et de la faire circuler.

En peinture, les figures et dessins sont presque toujours liés au Temps du Rêve. Ses mythes et personnages sont une inépuisable source d’inspiration pour les artistes aborigènes.

La peinture aborigène

Certaines peintures rupestres aborigènes remontent à plus de 40 000 ans avant notre ère et seraient donc plus vieilles que certaines représentations trouvées en Europe comme Lascaux par exemple. Il s’agit donc de l’art le plus ancien connu à ce jour.

Peinture aborigène
Aboriginal rock paintings

Au départ, les peintures se faisaient sur la roche (peintures rupestres), mais aussi sur des supports plus éphémères tels que le sable, les écorces d’arbres, la peau, etc. Les peintures au sol étaient réalisées pendant les rituels et pouvaient parfois s’étendre sur des kilomètres et des kilomètres.

Bien que de nombreuses œuvres aient été abîmées par le temps, par les colons de l’époque ou encore par les touristes aujourd’hui, on trouve encore de nombreuses peintures aborigènes sur le continent, notamment dans le nord de l’Australie (nord du Western Australia, Territoires du Nord, Kakadu) mais aussi dans le centre, à Uluru (Ayers Rock). Elles sont situées dans des grottes et autres lieux considérés comme sacrés par les aborigènes.

On trouve deux types principaux d’art selon les régions : un art naturaliste représentant des silhouettes et des peintures figuratives (nord du pays, Terre d’Arnhem, Queensland) et un art plus schématique dans le centre et le sud du pays, avec beaucoup de motifs géométriques.

Evolution de la peinture

La tradition picturale  À l’époque, les peuples aborigènes ne possédaient pas encore l’écriture. La peinture, avec les chants notamment, était un moyen de transmettre un héritage ancestral, de perpétuer des traditions et de passer une mémoire collective. Certaines peintures servaient, quant à elles, aux rites d’initiation. Cet art n’est donc pas figé et peut évoluer au fil du temps puisque l’histoire elle-même évolue. Par exemple, il n’est pas rare de trouver des peintures rupestres superposées les unes sur les autres.

La peinture a toujours fait partie intégrante de la vie de ce peuple. Les styles et techniques différaient d’une tribu à l’autre. Chaque représentation a sa propre symbolique et raconte quelque chose de précis.

Pour les aborigènes, la peinture est avant tout un art collectif, chaque œuvre appartient donc à la communauté et pas uniquement au peintre. C’est pour cette raison que de nombreuses toiles ne sont pas signées par l’artiste.

L’art fut aussi utilisé à différentes fins (politique, initiatique, sociale, etc.). Il fit notamment office de manifeste politique ayant pour but la reconnaissance des aborigènes et de leurs terres.

Du sol à la toile : naissance d’un véritable mouvement artistique

Le mouvement artistique à proprement parler est né en 1971, dans la communauté aborigène de Papunya (centre de l’Australie). Geoffrey Bardon, un professeur anglais, proposa alors aux élèves de l’école de reproduire des motifs du Temps du Rêve sur les murs, puis sur des panneaux et enfin sur des toiles. Le succès de ces représentations fut tel que les aborigènes décidèrent de se réunir en coopératives dans le but de vendre leurs peintures. Ces premières œuvres contemporaines permirent à l’art aborigène de faire son entrée sur la scène internationale.

Peinture Aborigène
Spinifex Art Project by Aboriginal Signature

Cette même époque contemporaine a d’ailleurs apporté une certaine individualité aux artistes qui se sont mis à peindre pour eux et selon leur propre style, plus seulement pour la communauté. Ils se sont alors mis à représenter de nouveaux paysages et à utiliser d’autres couleurs.

Le pointillisme

Cette technique consiste à effectuer une série de points particulièrement serrés qui se suivent mais ne se mélangent pas. Elle est particulièrement utilisée par les peintres aborigènes. On la retrouve sur certaines peintures rupestres mais aussi sur les peintures sur le sol réalisées lors de rassemblements rituels.

Le pointillisme propre aux peintures sur toile serait également apparu à Papunya. En comprenant que leurs peintures relatant des récits sacrés seraient montrées à des « non-initiés », certains aborigènes auraient choisi d’utiliser cette technique pour flouter les motifs initiaux. Une façon pour eux de conserver le caractère secret et sacré de leur œuvre, en ne montrant que la partie profane.

Les points ont aussi une portée esthétique puisqu’ils permettent de densifier certains motifs, de remplir une toile en remplaçant les espaces vides et de la sublimer.

La symbolique

Les peintures aborigènes représentent soit des personnages du Temps du Rêve, soit des sortes de cartes stylisées de la terre vue du ciel.
Comme je le disais plus haut, la signification de l’œuvre dépend du peintre, de la tribu ou encore de l’histoire racontée.

De nombreux signes ne sont lisibles que pour les initiés et les peintures recèlent de secrets.

On retrouve tout de même des signes similaires sur différents types de peintures, notamment lorsqu’il s’agit d’animaux, d’éléments ou de personnages.

Quelques grands artistes aborigénes

Parmi les plus connus, on peut notamment citer Emily Kame Kngwarreye, Clifford Possum Tjapaltjarri, Rover Thomas et Jack Kala Kala qui ont pu exposer leurs œuvres dans les plus grandes villes du monde.

Peinture Aborigène
© Clifford Possum Tjapaltjarri

Les musées d’art aborigéne

  • Musée d’art aborigène australien La Grange (Suisse)
  • Musée des arts aborigènes d’Utrecht (Hollande)
  • Musée et centre d’art Buku-Larrnggay Mulka (Australie, NT)
  • Centre d’art Maningrida Arts&Culture (Australie, NT)
  • Berndt Museum of Anthropology de l’Université d’Australie-Occidentale
  • Kluge-Ruhe Collection of the University of Virginia (USA)

Pour en savoir plus sur la peinture aborigène : Aboriginal Signature.
Sources : Wikipédia, Galerie Gondwana, Aboriginal Signature