LA CONDUITE DANS L’OUTBACK

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Conduite Outback Australie

Quand, au volant de son van ou de sa voiture fraîchement achetés en seconde main, on s’aventure pour la première fois dans le bush australien, et a fortiori dans l’outback, il y a bien des éléments de conduite qui peuvent surprendre et inquiéter l’européen peu habitué à décoller du bitume.

Les Dirt Roads entre potholes et corrugations

Les routes non-bitumées (dirt roads, gravel roads ou unsealed roads) sont le pain quotidien du voyageur curieux qui souhaite explorer nombre de parcs nationaux. Ce qu’il faut avant tout garder à l’esprit, c’est que la surface d’une route en terre est variable (road surface conditions may vary), surtout si du mauvais temps est récemment passé par là. Nids de poule (potholes) et effet tôle ondulée (corrugations) secouent conducteur et passagers. Le but du jeu est évidemment de tenter d’éviter un maximum de nids de poule, tandis que la tôle ondulée se négocie à 80 km/h pour un confort optimal.

Conduite Outback Australie

Attention toutefois : à cette vitesse, vous perdez en adhérence et vous aurez moins de temps et de distance pour ralentir si vous apercevez un obstacle sur la route ou que celle-ci se dégrade davantage. La prudence est donc de mise : il vaut mieux être secoué que risquer l’accident.

Dips et Floodways

Ces deux là vont souvent de pair, puisque les gués où passent les crues (floodways) se situent fort logiquement souvent dans un léger creux (dip).

Et si la vue d’un panneau « floodway » au beau milieu d’un outback aride et desséché peut prêter à sourire, il n’en demeure pas moins que suite à de fortes averses, les ruisseaux (creeks) peuvent rapidement se remplir et envahir la route. De fait, sur le côté des floodways, vous trouverez généralement des jauges indiquant la profondeur de l’eau (depth indicator).

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Si vous êtes sur du bitume, une voiture peut généralement passer jusqu’à 15-20 cm d’eau. Mais si vous êtes sur une dirt road, et ce conseil est également valable pour les grosses flaques qu’on trouve parfois hors des floodways, arrêtez-vous et sondez le fond de l’eau de vos petits pieds : il s’agit d’évaluer la fermeté de la route et de vérifier la présence ou l’absence de nids de poule. N’allez pas vous engager à traverser une flaque s’il y a un gros trou en plein milieu ou que la boue s’enfonce mollement sous vos pas !

Si par malheur il vous arrive de vous embourber, évitez de faire trop tourner vos roues, ce qui ne contribuera qu’à vous enfoncer encore plus. L’idée est de glisser branchages ou cailloux sous vos roues pour tenter de leur redonner de l’adhérence – si possible, utilisez un cric pour soulever la voiture et glisser les matériaux directement sous la roue.

Et si jamais le bourbier est si profond qu’il vous est impossible de vous en extirper tout seul, pas de panique : tôt ou tard, il y aura bien un australien à bord de son 4×4 tout équipé pour passer vous prêter un coup de main !

Road Closure

Beaucoup des dirt roads de l’outback sont considérées comme seulement praticables par temps sec (dry weather only). Suite à de bonnes averses, ces routes deviennent vite glissantes ou inondées et sont donc fermées à la circulation.

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Respectez toujours la fermeture des routes (road closure) ! Pourquoi ? Parce que si la route est fermée, c’est pour une bonne raison : une bonne averse suffit à rendre beaucoup de dirt roads extrêmement glissantes, ce qui signifie une perte de contrôle du véhicule même en roulant à vitesse réduite.

Le risque de s’embourber est également bien réel, et même si malgré tout vous parvenez à passer la route, vos roues vont créer des tranchées qui contribuent à la dégrader davantage… ce qui vous rend du même coup passibles de fortes amendes.

Dans l’outback, la fermeture et la ré-ouverture des routes est une affaire qui se suit au jour le jour : les conditions changent vite, et un peu de patience est souvent récompensée. Vous pouvez vous tenir au courant de l’état des voies grâce aux panneaux routiers et aux listings affichés dans les centres d’information et parcs nationaux.

Roadkill

Sous ce nom évocateur se cachent tous les accidents de la route liés à la faune, qui se concluent généralement par un animal mort et une voiture hors-service (car, disons-le, les 90 kg de muscles d’un grand kangourou sont une masse bien suffisante à emboutir un capot).

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Pour les éviter, la prudence est encore une fois de mise : évitez de conduire du crépuscule à l’aube (dusk to dawn), quand les animaux sont plus actifs et difficilement repérables. Respectez les limitations de vitesse et n’hésitez pas à ralentir encore davantage si vous êtes dans un coin riche en faune et/ou où la visibilité est limitée, par exemple par des buissons ou des arbres le long de la route.

N’oubliez pas également que pour chaque kangourou que vous remarquez, il y en a sans doute 10 autres à portée de vue que vous n’avez pas repérés – ralentissez toujours si vous voyez des animaux sur le bord de la route.

Ils sont imprévisibles et peuvent traverser à tout moment : une vitesse réduite vous laisse davantage de temps pour réagir et vous permet de vous arrêter bien plus vite (sans risque de dérapage si vous freinez un peu brusquement !). Les lézards, et dans une moindre mesure les serpents, ont aussi la mauvaise habitude de prendre leurs bains de soleil sur la chaussée, là où la température est maximale. Ouvrez l’œil et faites de votre mieux pour les éviter.

Vous verrez souvent les carcasses des roadkills sur le bord des routes. L’étiquette en la matière est avant tout de vérifier la poche ventrale s’il s’agit d’une femelle marsupiale (kangourous, wallabis, wombats et koalas), au cas où un bébé s’y trouve et ait survécu au décès de son parent.

Dans ce cas, vous pouvez le sauver : improvisez une poche de fortune en nouant les manches d’un pull de manière à en boucher le col, et glissez le joey (bébé marsupial) dedans. Les joeys sont incapables de générer leur propre chaleur corporelle et sont donc dépendants de leur mère pour maintenir leur température… sans leur parent, ils dépendent de vous !

kangourou

Gardez le joey contre vous, si possible même sous votre tshirt, et rejoignez rapidement la ville la plus proche pour le confier à un refuge animalier – il suffit de se présenter à un centre d’information pour être mis en relation avec les autorités compétentes.

Enfin, tirez les carcasses sur le bas-côté en retrait de la route : non seulement pour le confort et la sécurité des automobilistes, mais aussi pour éviter que les rapaces attirés par la charogne ne soient à leur tour victimes d’une voiture. Si vous ne voulez pas toucher les carcasses de vos mains, il suffit d’acheter une paire de gants de vaisselle !

Grids, gates and cattle

La grid est une idée à la fois simple et ingénieuse : il s’agit simplement d’une grille au sol qui empêche le bétail (cattle, livestock ou stock) de passer tout en laissant la voie libre aux voitures. Mais si l’instinct voudrait vous faire ralentir à l’approche d’une grid, généralement signalée par un panneau jaune d’avertissement, que nenni ! Tout comme les « corrugations« , la grid se franchit confortablement à 80 km/h.

Conduite Outback Australie

Tant qu’à parler de bétail, il est utile de préciser que certaines routes traversent de vastes pâtures dépourvues de la moindre clôture (unfenced roads), ce qui signifie qu’en plus des émeus et des kangourous, vous pouvez trouver vaches et moutons sur la chaussée ! Les mêmes conseils de prudence et de vigilance s’appliquent donc.

À l’inverse, il peut également arriver qu’il y ait des clôtures à traverser via un portail (gate). À moins que l’on vous demande expressément le contraire, laissez toujours les gates dans l’état où vous les trouvez : si le portail est ouvert, il doit le rester. S’il est fermé, il vous faut le refermer derrière vous.

Amusez-vous bien à conduire dans l’outback, n’oubliez pas de profiter du paysage et de respecter les autres usagers de la route 😉

6 Commentaires

  1. sur les route non goudronnées (ou non préparées) il est plus que trivial et évident de faire gaffe (nid de poules, caillasses, changement d’adhérence), et oui la terre, ca glisse! et c’est d’ailleurs un plaisir de rouler dessus.
    ne me dites pas que personne n’a vu de rallye (au moins à la TV) ou en vrai, ou n’a jamais roulé sur des chemins en terres pourtant nombreux en france dans les compagnes partout…. a moins que ce conseil soit pour les « parisiens » 🙂 …
    bref il est évident que sur ces routes, faut faire gaffe, et conduire « aux fesses »

  2. Salut,
    Encore un article très sympa, qui donne envie de redescendre down under au plus vite…
    Par contre, en ce qui concerne les grids par exemple, sur la route de la photo, je suis d’accord de la passer à 80kph, mais sur des routes plus dégradées on peut se retrouver à franchir une grid comme on franchirait un petit trottoir… Si, si, ça existe, sur certaines pistes bien défoncées comme l’Australie sait en fournir !
    Bref, je dirais que le conseil le plus important est de « drive to the conditions » c’est-à-dire de conduire selon les conditions, à savoir les conditions de la route, de la météo, de votre véhicule…
    Et que ce n’est pas parce que vous vous faites doubler par un bloke en F350 que vous pouvez essayer de le suivre à son rythme !!!

  3. D’accord avec toi, Polo 😉 Il est bien sûr impossible (je pense) de couvrir toutes les situations, détails et scénarios en un seul article… chaque piste est susceptible de se conduire différemment, comme tu le dis « drive to the conditions »! L’important, c’est d’être alerte, prudent, et de faire preuve de bon sens. Malheureusement des qualités qui ne sont pas toujours le fort des backpackers… 😉

  4. pour moi, 3 raisons majeures et suivant mon expérience, pour ne jamais conduire après le coucher du soleil dans l’outback, (piste ou goudron):les animaux, les abos qui rentrent bourrés de leur tournée dans la ville voisine(des blancs aussi) et les road-trains qui de jour comme de nuit foncent et ne peuvent pas s’arrêter aisement.

  5. Pour ces trois raisons je suis entièrement d’accord, et j’ajouterai même que les aborigènes ne se gènent pas pour marcher tranquillement dans l’ombre sur les routes en pleine journée… J’ai bien failli en accrocher un l’autre jour… Avec un ombre-soleil dans les yeux, je ne l’ai vu qu’au dernier moment… Heureusement plus de peur que de mal.

    Mais ce kangourou n’aura pas eu la même chance quelques heures plus tard quand j’essayais de suivre un road train de nuit… Mauvaise idée…

    Suivez tous ces conseils, ils en sont !

    A +