BLUE MOUNTAINS

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Comme vous l’aurez compris si vous suivez ce site, Sydney est une ville ceinturée de parcs nationaux, de vastes étendues de bush préservées où le voyageur est libre d’aller se balader pour mieux découvrir les paysages australiens et rencontrer la faune locale. Après Royal et Ku-ring-gai Chase, je vous propose aujourd’hui de faire une petite virée à l’ouest, dans le dernier des voisins immédiats de Sydney : le parc national des Blue Mountains.

Je quitte ma petite banlieue d’Hornsby sous le couvert de la nuit. Tout est calme, les trottoirs baignent dans la lumière du clair de lune et des lampadaires. Le train, déjà presque plein de travailleurs ensommeillés, me dépose à Strathfield où je prends ma correspondance en direction de Katoomba, cœur touristique des Blue Mountains. Les nuages se teintent de couleurs chaudes à l’horizon et la ville se pare du rose de l’aube. Peu à peu, par-delà Penrith et Emu Plains, l’urbanisation cède la place aux arbres et aux champs. La lumière du matin est, comme toujours, délicieuse, et je regrette de ne pas avoir pu la contempler sur les Three Sisters, la photogénique formation rocheuse qui fait la renommée de Katoomba. Mais pour cela, c’est à 3 heures du matin qu’il aurait fallu me lever !

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J’arrive à destination à 8H30. La ville est endormie, les boutiques sont closes, les autochtones encore au lit. Une vaste chape de brume enveloppe le village, une véritable coque de tranquillité à peine remuée par la présence de quelques hères qui balaient un trottoir ou, comme moi, se dirigent vers un début de sentier. Dans un petit parc municipal, un couple de backpackers prend son petit-déjeuner sur une table de bois. Leur voiture est garée à proximité, et déborde du bazar semi-organisé de la vie nomade. Tout autour, la végétation est verte et suintante d’humidité, les doigts légers et délicats du brouillard s’accrochent à la cime des arbres de la rainforest, la forêt pluviale. La température est un peu plus fraîche, ici, et il y a dans l’air cet indescriptible parfum de montagnes, une sérénité grise et matinale qui se savoure en solitaire.

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Bientôt, j’ai traversé la ville et je retrouve avec joie un petit chemin de terre qui s’enfonce dans les bois. Katoomba est construite au sommet d’une vaste ligne de falaises qui surplombent la Jamison Valley. De fait, le but du jeu en matière de randonnée se résume généralement à descendre un chemin bien raide pour atteindre le fond de ladite vallée et pouvoir y continuer son exploration. À cette fin, plusieurs escaliers de métal et de bois ont été construits de-ci de-là dans le bush : Giant Stairway, Golden Stairs ou encore Furber Steps. Ce sont ces derniers que j’emprunte pour descendre.

La marche que j’ai choisie aujourd’hui porte le doux nom de sa destination, Ruined Castle. Bien sûr, l’Australie n’ayant pas connu de période médiévale, Ruined Castle est en réalité un amas de piliers rocheux qui dépassent de la tonsure de la forêt, fournissant ainsi un promontoire isolé et idéal pour qui souhaite avoir une vue d’ensemble sur les environs. Mais avant cela, il faut marcher ! Les Furber Steps m’amènent jusqu’à la station inférieure du Scenic Railway, une sorte de petit wagon touristique qui fait monter et descendre, tels des yoyos de la voie ferrée, des groupes de vacanciers curieux mais peu désireux d’aller crapahuter dans la boue ou sur les cailloux. À côté, une boardwalk (promenade de bois) a été installée pour leur bénéfice, avec un musée miniature en extérieur sur « l’industrie » minière qui a régné dans ces parages fut une époque.

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Au-delà, le sentier continue et la solitude s’installe à nouveau. Le chemin s’ouvre soudain sur le Landslide, c’est-à-dire l’éboulement : un pan entier de montagne qui a glissé il y a de nombreuses années, laissant derrière elle une large bande de terre nue, comme un entracte au cœur de la forêt.

Plus loin, dans un morceau de bush qui ne semble pourtant pas tant différent des autres, des tintements résonnent à travers les arbres, comme des dizaines de clochettes d’argent. Les bell miners sont de petits oiseaux au plumage qui tire sur le vert, vivant en colonies et en chantant ! Au fil de ma randonnée, dans les branchages, j’ai aussi l’occasion d’apercevoir cacatoès, crimson rosellas (perroquets rouges et bleus) et yellow robins (petits oiseaux discrets au poitrail jaune).

Puis, au détour d’un chemin, c’est une voix humaine que j’entends chanter : John descend une pente assez raide à vive allure, ses écouteurs d’ipod aux oreilles. Quand il m’aperçoit, il rit et se présente. Il est australien, mais parle avec un petit accent américain, conséquence de quelques années d’immigration. Lui aussi, il a un job de rêve : il vit à plein temps sur de magnifiques voiliers dont il prend soin pour leurs propriétaires, ce qui l’amène à séjourner et naviguer en Floride, dans les Caraïbes et les Bahamas. Le bush, c’est aussi un endroit magique pour cela : on y rencontre perpétuellement des personnages intéressants !

John continue sa route vers le Mount Solitary, non loin, et je poursuis seule la montée jusqu’à Ruined Castle. Au sommet, le sentier s’arrête abruptement au pied des rocs. Un passage semble s’ouvrir entre deux boulets de pierre, et je me faufile. Quelques minutes de rock scrambling (crapahutage, ou l’escalade pour les nuls !) plus tard, je m’assois en tailleur au sommet d’un pilier. Je suis perchée au cœur même de la vallée, et j’ai une vue à 360° sur la forêt qui la tapisse, et les parois de roc ocre qui en définissent les contours. Des currawongs, oiseaux noirs aux yeux jaunes semblables à des pies, me tiennent compagnie tandis que je dégaine mon sandwich : difficile de trouver plus bel endroit où pique-niquer !

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Après un long moment au sommet de mon trône, il est temps de repartir : le long chemin du retour m’attend. Mais peut-être pas assez long. Après avoir brièvement envisagé de remonter par Golden Stairs, un point de sortie de la vallée plus proche de Ruined Castle que Furber Steps, je décide finalement de non seulement retracer mes pas, mais en prime pousser plus loin : c’est décidé, je vais remonter par le Giant Stairway ! L’idée me parait excellente. Après tout, Giant Stairway, c’est l’escalier le plus éloigné, le plus long et le plus raide. Quoi de mieux pour terminer la journée ?

La première volée de marches derrière moi et mes poumons entre les dents, l’idée me parait déjà moins géniale. Mais peu à peu, c’est aussi un vaste panorama sur la vallée qui se dégage à chaque nouveau « palier ». L’après-midi touche à sa fin, et le vent a enfin réussi à disperser une partie des nuages. La lumière du soleil vient chatouiller la forêt sous des morceaux de ciel bleu. Au sommet, je sais quelle cerise sur le gâteau m’attend : Echo Point, le plus célèbre (et accessible) des points de vue sur la vallée et les Three Sisters.

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Essoufflée mais sourire aux lèvres, j’ai rendez-vous avec le coucher du soleil.


Blue Mountains National Park : Pratique Corner

Pour vous rendre à Katoomba depuis la City, il vous faudra prendre un train de la Blue Mountains Line (jaune) au prix de $8,30 l’aller simple, et bien sûr le double pour l’aller-retour. Si vous partez le week-end ou après 9H en semaine, vous obtiendrez un off-peak return.
En partant tôt et en revenant tard, il est possible de faire cette randonnée en daytrip depuis Sydney

– c’est ce que j’ai fait. Le premier train part de Central à 4H du matin (arrivée à Katoomba à 6H30… personnellement j’ai préféré celui qui part à 6H40 et arrive à 8H30 !). Le dernier train quitte Katoomba à 23h20.

Il est également possible de passer la nuit à Katoomba en auberge de jeunesse. Le YHA
du coin facture $27,50 la nuit en dortoir mixte de 6 personnes. L’auberge, où j’ai déjà eu l’occasion de séjourner, est propre, confortable et agréable.

Si vous passez une ou plusieurs nuits à Katoomba, servez-vous du train pour visiter d’autres localités donnant accès à de belles randonnées, notamment Wentworth Falls et Blackheath.
Ruined Castle via Furber Steps est une randonnée de 14 km, comptez environ 6H pour la finir.

Si vous décidez de rallonger la sauce en revenant par Giant Stairway comme je l’ai fait, rajoutez environ 3 km pour 1h30 à 2H de marche (selon votre capacité pulmonaire…). Le Giant Stairway se compose de 900 marches, et l’office des parcs recommande d’allouer au moins 45 mins pour les grimper (ceci dit, si vous êtes en forme, 30 mins suffisent).

Attention, le dernier wagon décolle à 16h50 ! La remontée ne prend même pas 10 mins.
Pour vous rendre au début du sentier depuis la gare, traversez la route et aller tout droit le long de Katoomba Street, la rue principale.

Quand la rue fourche, prenez à droite sur Katoomba Falls Road et continuez jusqu’au Katoomba Falls Kiosk. Le sentier débute dans le petit parc sur la droite du kiosque. Suivez les panneaux en direction de Scenic Railway (station du bas), Furber Steps, Landslide et Ruined Castle.

Partenaire Australia-australie.com

4 Commentaires

  1. J’ai eu la chance d’entrevoir les Blues Mountains lors de mon passage éclair en Australie en 2009. Hélas, c’était une visite guidée en groupe sur un parcours assez court. Je n’ai pas profité des lieux (groupe = bruit). Mais j’ai une session de rattrapage dans quelques mois. Je retourne en OZ avec un WHV.
    Bravo pour tes récits et ses infos pratiques!
    Rdv au prochain article.
    See ya
    Tonio

  2. Merci pour ce récit!! Nous avons fait exactement le même parcours… Et nous avons voulu essayer de voir en combien de temps on pouvait monter les 900 marches en courant en fin de ballade avec des gens qui les montent et les descendent en même temps… 10’23s record à battre!!
    En tout cas super balade un grand merci!!!

  3. Bonjour Cédric,
    Merci pour ton post qui m’a beaucoup inspiré puisque j’ai fait la ballade que tu proposes à mon tour hier matin.
    J’en parle dans le blog de ma famille:
    http://www.tourdumondista2.wordpress.com
    Nous faisons le tour du monde en famille et je n’ai que peu de fois l’occasion de m’eclipser quelques heures comme j’ai pu le faire un peu grâce à toi. Pour faire le plus vite possible j’ai voyagé léger sans appareil photo alors pour raconter ma rando dans mon blog j’ai cité le tien dans un article publié à la date du 11 Février.